il est impossible de voir les lucioles sans que le soir soit noir de braise



and scene. un autre été tire sa révérence. une nouvelle volée d'outardes quitte vers des royaumes où le mercure ne devient jamais timide dans sa petite éprouvette de verre. où elles emportent sur leurs ailes les joies des températures chaudes et les nuits de perséides. mon premier été ma ville aux milles raisons de sourire. un été spécial, dans tous les sens du terme, de profond bonheur et de nouvelles peines qui m'ont apporté une nouvelle espèce de papillons dans mon ventre. je vous ai raconté les premiers moments, les premiers souvenirs, l'avant-goût. quand les portes du cégep se sont barrées, quand les journées commençaient tard, encore un peu rouillés de la veille. quand les premières grosses chaleurs ont colorié nos corps pâles fraîchement découverts de nos tricots et de nos cols roulés. le départ des étudiants vers leurs régions-maisons laissant les appartements de la ville un peu tristes et dépourvus de la frénésie habituelle qui les rend normalement si spéciaux. les rues se sont calmées. j'aimerais ça dire que moi aussi, mais vous me connaissez tous trop bien pour que je puisse vous faire croire ça.

j'ai passé mon été quelque part entre mon emploi de barista un peu blasée qui est toujours assignée aux maudites commandes à l'auto, dans une tente quelque part dans un camping près de champs, de boutiques souvenirs avec juste des chandails et couvertures à l'effigie du canada (???) pis de baleines et dans des bars remplis de natifs étourdis par leur 6e bière payée trop cher à la serveuse au bar. je me suis souvent levée tôt pour préparer des lattes, des américanos noirs et des limonades aux fraises et souhaiter une bonne journée aux adultes qui, pour une raison qui m'échappe, sont super pressés le matin. j'ai jasé de météo avec les temps-plein du matin et trouvé des surnoms de célébrités pour tous les clients, le soir, avec les autres jeunes qui font étonnamment fonctionner une succursale d'une chaîne internationale par eux-mêmes. lorsque je n'avais pas mon tablier vert, je me tatouais la forme de mon bikini sous le soleil, sur des plages et des quais. je mettais des robes à carreaux, je jouais à la sirène. je calculais la meilleure heure pour baisser mes fenêtres et faire la course avec le ciel pour admirer les teintes d'orange éclipser grossièrement le bleu pour un moment. puis, voir les étoiles déchirer la noirceur juste après. j'ai aussi décidé de voir de nouvelles choses, de fouler de nouvelles routes vers de nouveaux décors à ajouter à ma collection. avec des réservoirs de gaz plein, une tente et beaucoup d'accessoires un peu capricieux clairement pas nécéssaires à la survie humaine, je suis partie avec deux étourdis vers l'eau salée, vers l'air marin, vers l'inconnu. quelque part où on était bien. un petit endroit sur la map pour assoupir nos coeurs de vieux enfants à la recherche de quelque chose à raconter.



j'ai redécouvert l'excitation de partir en voyage. de préparer des listes de choses à ne pas oublier, de faire des bagages, des épiceries et des salades de pâtes la veille. de ne pas être capable de dormir la nuit avant, de mettre en montagne les essentiels pas si essentiels devant la porte d'entrée et d'en laisser la moitié à la maison parce que même ma grosse pastamobile déborde et que la personne assise à l'arrière risquait dangereusement de recevoir un sac de bas ou d'ustensiles de cuisine derrière la tête. on a roulé deux heures et reçu juste un seul oiseau dans le pare-brise avant de pouvoir monter ma tente, affectueusement nommée madeleine, sur notre petit terrain-maison. pour trois mêlés, monter un campement n'est pas tâche facile. ni gonfler un matelas double à la main à la grosse chaleur. sur la trame sonore de kiss me more, cruel summer et miami, on a marché pieds nus dans le sable frais, les mains pleines de sacs de chandails souvenirs et de verres à shooters. on a mangé de la salade de chou et du brisket vraiment overpriced, on a visité des dunes, je me suis lancée dans l'eau glacée que j'ai sentie jusque dans mes os et qui m'a rappelée que je suis en vie. un sentiment, qui, lui, me garde en vie. on a remonté les dunes pis ça s'est mal passé, c'est mieux sans détails. on a pris le traversier comme des vrais touristes et dîné dans une halte routière au bord de l'eau où j'ai évidemment encore gelé mes mains en jouant encore dans l'eau. le soir, on se faisait des feux, mangeait des supposées pizzas qui étaient finalement des quesadillas parce qu'on avait évidemment trois briquets pour le feu, mais pas la sauce tomate. on chantait un peu fort du mamma mia et du taylor swift, au déplaisir de nos pauvres voisins désagréables, et on a gracieusement débattu sur un reportage de découverte aux origines controversées.



c'était un joli spectacle, les rayons du soleil illuminaient avec la plus grande poésie notre corde à linge et le vent chaud séchait nos cheveux humides. je serais restée longtemps, pour toujours. je suis totalement amoureuse des villes d'eau. j'ai aussi roulé totalement vers l'opposé, sur un coup de tête. à deux, un après-midi après s'être couchées avec le matin, sans vraiment avoir d'endroit sûr où dormir le soir même, mais avec la même soif de nouveau. deux soirs, deux jours à visiter des champs de lavande, à faire du kayak pendant pas si longtemps parce que la pluie a eu raison de notre envie de jouer aux aventurières, à trouver un moyen pas super légal d'entrer sur le terrain de notre camping en revenant du casino parce que la barrière était fermée et à boire des gins tonics avec des inconnus français à la découverte du québec. deux voyages semi improvisés à chasser de nouvelles émotions, à avoir besoin de dégourdir nos yeux trop habitués de voir les mêmes peintures. je vous le dit, c'est beau où on vit. les saveurs sont infinies et se sentir ailleurs est un éclair dans le ventre que rien ne peut égaler. les conversations tard dans des tentes, enveloppés dans pleins de couvertures ou sous un nouveau ciel d'étoiles c'est aussi un très bon remède pour les maux de coeur divers et les âmes un peu perdues. surtout avec des humains de lumière. surtout.

quand je n'étais pas sur un camping à boire des cannettes d'eau pétillante à la vodka et à la cerise, j'étais dans des bars, un pichet d'un mélange de je ne sais quoi à la main. ma meilleure me rendait visite de temps en temps, fallait en profiter. les soirées bars ont étés nombreuses. et étranges. j'ai revu des yeux bleus que je ne pensais jamais revoir et ça a déverrouillé des tiroirs d'émotions que j'avais mis de côté depuis longtemps. il n'y a eu aucun dommage, par chance. ça m'a fait réaliser que la jeune moi est toujours là quelque part et que certains regards causeront toujours un petit feu de forêt dans ma poitrine et que rien ne sert d'essayer de l'éteindre. mais les garçons aux yeux pâles sont dangereux, ils ne changent pas tant que ça. ils ne valent pas la peine de devenir cendres pour eux. certaines personnes sont éphémères et ne sont pas conçues pour rester. certains humains sont de passage et les retenir fait plus mal qu'autrement. certaines choses sont à leur place dans le passé.


cette saison chaude a par contre été porteuse de la chose la plus difficile que j'ai eu à traverser à présent, je crois. c'était la première fois que les étoiles s'éteignaient et me laissaient seule sans me donner aucun conseil. elles n'en avaient pas. en fait, elles en ont accueilli une nouvelle. une écorce humaine a vu son coeur s'éteindre. une écorce que j'aimais vraiment atrocement fort. elle était fatiguée et elle n'avait plus la qualité de vie qu'une aussi belle perle d'humain devrait avoir. j'ai perdu ma grand-maman, la maman de ma maman. une dame incroyable si vous me demandez. ma mamie était d'une douceur à rendre jalouse n'importe quelle écharpe de soie de la plus grande finesse. une dame qui a tout donné pour les gens qu'elle aimait, parfois trop. elle était une mère attentionnée, pleine d'étincelles et de réconfort. elle avait des vrais bras de maman. j'ai grandi loin d'elle mais elle ne manquait pas un anniversaire, pas un été où elle n'attendait pas qu'on arrive sur le patio de sa petite maison verte au bout du chemin de la pointe, pas une fois où elle ne nous a pas donné des noix à donner aux petits suisses, pas une fois où elle ne chantait pas de petit morceaux de chansons vieilles comme le monde à tout bout de champ et pas une fois on a réussi à faire des calculs mentaux plus vite qu'elle parce qu'elle était absolument incroyable en math. c'était une dame en or avec un coeur d'or. je ne l'ai pas assez chérie, pas assez collée fort et je ne lui ai pas dit assez à quel point je l'aimais. je comprends qu'elle était fatiguée, qu'elle avait tout donné ce qu'elle avait à donner. que sa bataille elle l'avait gagné, mais que c'était son moment de tirer sa révérence. j'espère qu'elle est traitée comme la reine qu'elle est là-haut, qu'elle joue à des jeux de société et qu'elle gagne toutes toutes toutes les parties. et même si certains soirs, je pense à elle et je me dis que le ciel est un endroit un peu trop solitaire, elle est avec des centaines de milliers d'autres étoiles venues d'écorces éteintes. je la regarde à tous les soirs et elle est la plus belle d'entre toutes. comme elle l'a toujours été. je l'aime tellement fort.



maintenant l'été a rangé ses affaires et les arbres sont tranquillement plus foncés. ils ont l'air fatigués et alourdis. c'est l'automne, le cégep a réouvert ses salles de classes et je n'arrive pas à me lever le matin. l'air du matin est froid et je ne m'habitue toujours pas à ne pas le sentir se réchauffer avec les heures. la rentrée était officiellement digne d'atm. les appartement ont retrouvé leurs humains et ont été à nouveau baptisés. la magie de ma petite ville s'est remise en marche et les rues grouillent d'étudiants avec des chandails colorés aux lettres grecques propres à leurs fraternités. les deux premières semaines ont servi à initier les pauvres première année du programme et à se tailler une place dans l'une des familles en leur faisant faire des affaires pas possibles. ont leur a appris à être de vrais atémiens et ils sont maintenant comme des poissons dans l'eau. ça a été la clôture parfaite de mon été. je suis reconnaissante pour les moments que j'ai vécus et pour les perles que j'ai dans ma vie. des âmes tellement importantes qui sont ma raison d'être.

les températures froides ont aussi amené une vague de tempêtes, brouillant mes repères et me laissant un peu dans la brume. mais, ça c'est pour une autre fois.


je lève ma plume à un été de cafés et de piques-niques à la plage, de chaudes soirées humides à associer les étoiles en constellations, de douches rapides juste avant de sortir boire des pichets de courage et de feux de camp. une saison de martinis aux litchis, de party couleurs (les jaunes ont gagné, change my mind), de becs sucrés et d'autres plus amers. de détours par la capitale qu'on regrette, de salade de pâtes volées, de longues conversations et d'humains précieux.

le spectacle est terminé et les acteurs ont rangé leurs costumes. au metteur en scène des étés; on se revoit bientôt.


mïa xxxxxxxxx



ps: à louise🤍

pps: on va être ok, right? pas le choix.

ppps: donnez des becs à vos mamies et papis