conversation d'un soir d'automne


bon. par où commencer.

la dernière année a été spéciale dans tous les sens du terme. je crois que je ne surprend personne en disant que j'ai l'impression que la terre est sur pause, que rien n'est comme avant ou comme on l'avait anticipé.

merci à la pandémie, j'ai vu plusieurs choses s'écrouler devant mes yeux. la fin de mon secondaire qui s'est terminé sans que je sache que ma dernière journée avait eu lieu. pas eu de dernière cloche, de dernier cours, de dernier embouteillage dans le couloir ou de dernier dîner à la cafétéria, j'ai même pas pu essayer les sushis. ça m'a aussi enlevé mon bal. pas eu de magasinage de robe ou de rendez-vous pour faire des retouches. pas eu de rendez-vous pour me faire les cheveux, les ongles ou me faire peinturer la face. pas eu l'occasion de dire qu'un bal, c'est overrated. pas eu non plus d'après-bal. pas pu boire trop de courage liquide ou me coucher avec le soleil sur un divan une bière à la main et la tête qui tourne. pas eu pleins de trucs dont je rêvais depuis mon premier jour dans ma première grande école. on me dit que c'est pas si pire, que c'est pas aussi nice que ça en a l'air. mais j'aurai jamais d'histoires de party de graduation malaisantes à raconter, pas de photos floues et gênantes pour en rire quand je serai ridée, pas de souvenirs pour comparer les bals dans les films d'amour quétaines pis trouver que c'est trop pas réaliste que le gars choisisse la fille fine et douce au lieu de la fille populaire quand il est couronné roi de la soirée.



ça m'a aussi fait vivre un été spécial, différent. j'ai pas pu aller dans ma ville d'étoiles pour être près des vagues comme j'en rêvais depuis l'été dernier. c'était un été de béton dans une ville qui sent l'asphalte chaude et les jeux d'eau. ce serait mentir de dire qu'au début ça faisait mon affaire. mais je me suis dit que rester me donnait une chance de terminer tout ce que j'avais à vivre là-bas et de reprendre les mois perdus. j'ai eu un bel été. c'était la première fois que cette ville grise me faisait sentir bien, me faisait sentir à ma place. comment vous décrire ça: je vivais pratiquement dans les parcs et sur mon vélo. il faisait chaud pis de rouler à longueur de journée rendait ma peau foncée et collante, j'aimais ça je vous le cacherai pas. les nuits étaient courtes, on buvait des canettes sucrées couchés dans le gazon, courait après les coups de soleil, se poussait dans des chalets et on se réveillait avec des bleus à cause des tours de trippe. un été à chanter dancing queen à pleins poumons comme si notre vie en dépendait, à se baigner toute la nuit dans des trop belles piscines de banlieue, à jouer au beerpong et être tout sauf des pros. un été à vivre de concombres et de mangues congelées, de cafés glacés fancy de la rue mont-royal, de choco fav, de moments pas prévus, de becs qui goûtent la bière tiède pis le baume aux cerises ou qui apportent du trouble. parce que que j'ai appris à mes dépens que les garçons aux yeux bleus c'est beau, mais c'est dangereux pour des filles aux yeux de café-cacao-caramel-miel. ça fait pas attention pis c'est porteur d'orages aussi fougueux qu'eux. j'ai vécu la saison des verres de rosé et des terrasses sans vraiment me poser de question, sans trop réfléchir. pas réfléchir égale aussi s'érafler les coudes en prenant une débarque de réalité ou briser des trucs précieux. c'est ok, j'ai appris, j'ai réparé ce qui devait l'être, pis j'ai grandi. mais j'ai vécu pour moi et personne d'autre, j'suis fière de ça. c'était nécessaire avant que je tourne la page. finir tout ce que j'avais à finir, cocher toutes les cases et finir chaque histoire. ne plus avoir de papillons pour un nom de la ville. c'était un sacré bel été.



le dernier soir, après avoir bu des pots masson de drinks qui goûtent les framboises, je me suis assise avec les édifices, les lampadaires et les rues jamais tranquilles de la ville pis j'ai fait la paix. c'est la lune qui était contente. la veille du déménagement, j'ai pleuré sur mon balcon en regardant les autos courir vite sur le boulevard. je laissais pleins de petits morceaux de moi un peu partout. sur des bancs de parc, aux intersections de rues précises, dans des cours, partout. des morceaux que je croisais au quotidien et qui faisaient jouer des films dans ma tête. ça me faisait sourire.


je suis ensuite partie. fait des bagages en marmonnant parce que je déteste ça. j'ai tout rangé mes vêtements, mes souvenirs, les images et les odeurs dans des boîtes. j'ai mis les visages et les sensations dans une valise spéciale pour les protéger, ils sont importants. je suis arrivée chez moi. j'ai retrouvé mes étoiles, la mer, les sons et les parfums qui me rappellent ce que ça fait de se sentir en vie. j'ai rempli mes nouveaux tiroirs, accroché quelques moments sur mes murs et fait de la place dans ma commode pour les nouveaux.

ça fait maintenant 3 mois que je suis dans mon chez moi, que l'école est commencée et que mes journées sont des marathons. dans mon programme, je parle dans des micros de radio, j'écris dans des faux journaux et je tourne des publicités pour des produits inventés. j'ai un prof de philo qui me fait aimer les hédonistes et je m'ennuie des cours de géo du secondaire. le cocon que je m'étais créé dans mon collège me manque parfois. entre un cours en ligne de littérature et deux heures en présence d'histoire, je rêve de l'ancien confort pis de la simplicité de mes 4 différents locaux. mais les lattes du café ginette et la liberté du cégep et d'avoir mon chez-moi me font le plus grand bien. je fais mes épiceries, planifie mes soupers et bois du vin avec mes colocs un peu trop souvent. j'ai rencontré des gens incroyables qui sont dans ma vie pour toujours je le sais. des hâte qui pétillent, qui brillent fort. avec des âmes de feux d'artifice pour qui je déplacerais des montagnes. je suis proche de ma meilleure amie, mais je la sens toujours loin. c'est ok, on finit toujours par se retrouver, peu importe ce qui arrive. je suis bien. ça fait du bien d'être bien, vous essaierez.


ça veut pas dire que c'est facile non plus. c'est tough certaines nuits. je m'ennuie de mes humains-repères qui sont loin. je pensais que d'avoir les étoiles toujours avec moi ça me donnerait réponse à tout, que de la peine j'en aurais pu jamais. pauvre moi. vous pouvez rire, même la grande ourse était découragée. j'suis maladroite dans la vie, je m'enfarge dans mes propres pieds, dans mes propres sentiments. j'ai peur souvent, j'aime pas pas savoir. ça ouvre des vieilles cicatrices qui guérissent pas, débarre des portes dont j'avais jeté la clé. ça m'apprend à vivre avec des ombres qui font partie de moi, que ça fasse mon affaire ou non. en chemin, ça égratigne des coeurs qui avaient pas à être égratignés. ça me désole, j'ai jamais voulu être cette personne là. mais j'en parle aux étoiles et à la mer, elles me disent que ça va être ok. je les crois, faut faire confiance au temps.


être en appart loin, c'est exactement comme je l'avais imaginé et en même temps, le contraire. je découvre des trucs que tu remarques juste quand t'es laissé à toi-même. c'est un jésus-christ de bon sentiment.

je vous souhaite de vivre du beau, de prendre soin de vous pis de boire de l’eau et du vin régulièrement, même si mme corona brise le party un peu. <3



mïa xx



ps: parlez aux constellations si jamais votre tête déborde.

pps: hey mes copains loin, je vous aime fort, je pense à vous toujours toujours.